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Écrit-on « Autant pour moi » ou « Au temps pour moi » ?

Il est assez difficile de faire des fautes d’orthographes à l’oral. Effectivement, à l’oral, il n’y a aucune différence entre « autant pour moi » et « au temps pour moi ». En revanche, l’écrit nous affirme le contraire.

Les deux locutions s’utilisent mais pas dans le même contexte, car elles n’ont pas le même sens. « Autant pour moi » s’utilise dans une situation où une quantité est mise en jeu. Par exemple, vous êtes chez votre boulanger et le sympathique consommateur avant vous demande deux croissants. Vous souhaitez la même chose et votre tour arrive, c’est le moment de déclarer « autant pour moi ».

En revanche, lorsque vous concédez votre tort ou votre erreur, vous n’utiliserez pas « autant pour moi », mais « au temps pour moi ». Afin de comprendre la graphie de cette expression, il faut s’intéresser un peu au langage militaire. En effet, les militaires utilisaient l’expression « au temps » (exemple : « au temps pour les crosses ») comme étant un rappel à l’ordre et marquaient ainsi la reprise d’un mouvement à partir de son commencement.

Un temps est une unité de temps relative. C’est le « moment précis pendant lequel il faut faire certains mouvements qui sont distingués et séparés par des pauses ». Ce terme s’utilise également dans le jargon musical. En effet, lorsqu’un chef d’orchestre se trompait lors du changement d’un mouvement, il venait s’en excuser auprès de ses musiciens en citant « au temps pour moi ». Cela marquait la reprise du mouvement interrompu.

Hors de ces contextes, « au temps pour moi » est une métaphore de la concession et du fait de reconsidérer les choses depuis le début.

Dorénavant, si vous hésitez entre « autant pour moi » et « au temps pour moi », demandez-vous simplement ce que vous souhaitez exprimez. S’il s’agit d’une quantité dont vous en voulez autant, utilisez « autant pour moi » ; s’il s’agit d’une concession de votre part, utilisez « au temps pour moi ».

Que signifie « fur » dans l’expression « au fur et à mesure » ?

Aujourd’hui, l’expression « au fur et à mesure » est largement employée parmi les locuteurs francophones signifiant tout simplement « au même rythme, dans la même mesure ou proportion ». Mais seul le mot « fur » est inconnu au bataillon de nos jours.

« Fur » apparut comme entrée indépendante dans les lexiques jusqu’au XVIIIe siècle. Il descend du substantif « fuer » présent dans la locution « a nul fuer » qui date du XIIe siècle et qui signifie « à aucun prix » ou « en aucune façon ». De manière générale, « fuer » porte le sens de « prix » ou de « taux ». Au XVIe siècle, on le trouvait également dans les locutions « al fuer de » et « au fuer que » signifiant respectivement « au prix/taux de » et « au prix que ».

Pour comprendre l’origine et le sens du terme « fuer », il faut rendre visite à nos ancêtres latins. « fuer » découle du mot « forum » qui est une place publique où se tiennent les marchés. En latin médiéval, « forum » a perdu son sens premier au profit des opérations qui se font au marché ; les taux.

Au début du XVIe siècle, à partir de « fuer » naquit le mot « feur » présent dans la locution « au feur que » dont le sens n’est rien d’autre que « à mesure que » ou « de la façon que ». Dans la seconde moitié de ce même siècle, le terme « fuer » prend également le sens de « proportion » grâce à la locution « au fuer » (à proportion). « Feur » évolua dans la locution « au feur de », puis devint « au fur de » qui signifie « en proportion de » à partir du XVIIe siècle bien qu’on pût trouver « au fur » à partir du XVI siècle.

L’expression « au fur et à mesure » vit le jour au XVIIe siècle et n’est rien d’autre qu’un pléonasme qui découle de la volonté de faire perdurer le sens de « fur », synonyme de « mesure ». À cette époque, ce procédé n’était pas rare. C’est ainsi que sont nées des locutions tel que « bel et bien » ou « sain et sauf ».

Sources : Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL)